RECHERCHE

ART AFRICAIN 2025

ART AFRICAIN 2025

Arts Premiers

jeudi 26 juin 2025 | 18:00

10, 12 Quai Antoine 1er 98000 Monaco

LIVE

contact

Loading...
Loading...
Loading...

fourchette de prix

Effigie d’ancêtre

lot n° 1

Effigie d’ancêtre

Culture Soninke, Mali, 13°-14° siècle
(Test C14 CIRAM n° 0309-OA-70R-1)
Bois dur à patine foncée et d’usage
Hauteur : 50 cm

Provenance :
Emile Storrer, Zurich, 1955
Collection privée Suisse, 1979
Collection Dwight Strong, Los Angeles
Ancienne collection Baudouin de Grunne

Publications :
de Grunne, (Bernard), Djenné-Jeno. 1000 years of terracotta statuary in Mali, Brussels: Mercatorfonds, 2014: fig.263
Bassani (Ezio), "Antiche opere del Mali", in Expo cat.: "Africa. La Terra degli Spiriti", ed. by Claudia Zevi Gigi Pezzoli, Milano: 24 ORE Cultura, 2015:206 (right)
Expo cat: "Mande. Trésors millénaires / Ancient treasures", by Bernard de Grunne and Kristina Van Dyke, Brussels: Bernard de Grunne, 2016:86-87, #24
Expo cat.: "Soninké", by Bernard de Grunne, Brussels, 2024:39, cat.9

Expositions : 
Milan, Italy: "Africa. La terra degli spiriti". Museo delle Culture (MUDEC), 27 March-30 August 2015
Brussels, Belgium, "Mande. Tresors millenaires", Ancienne Nonciature, Place du Grand Sablon, 8-12 June 2016

Dans le delta intérieur du Niger, la ville de Djenné « a été fondée par des païens au milieu du deuxième siècle de l’hégire du prophète (9e siècle) » affirmait dans son célèbre Ta’rîkh al-Sûdân  Abderrahman ben Abdallah ben `Imran ben `Amir es-Sa`di, imam de la ville dans la deuxième moitié du XVIIe siècle.
Selon l’ethnologue Germaine Dieterlen, des migrations successives auraient amené cette
population originaire de l’empire du Ghana à s’implanter dans le Mandé, puis à Djenné-Djeno. Ce ne serait qu’au XIIIe siècle que l’un de ses chefs, Suleymane Konaté, refusant de se convertir à l’Islam et se soumettre au conquérant Soundiata Keita serait parti se réfugier dans la falaise de Bandiagara, emportant avec lui ses traditions culturelles. Parmi ces dernières, les statues de bois, par leur style sculptural, les lieux de leur découverte et leur datation scientifique, corroborent l’analyse des historiens. Ces représentations, dont le corpus se limite à 48 œuvres, sont connues sous l’appellation de Soninké ou Djennenke pour leur flagrante proximité et la coexistence des plus anciennes d’entre elles avec les figurines en terre cuite extraites de la glaise des « villes anciennes de Djenné ». C’est là que seraient nées ces effigies de bois vers le Xe siècle avant de prospérer puis de s’éteindre au XVe siècle sur la falaise de Bandiagara et dans la plaine du Seno où furent préservées la grande majorité d’entre elles.
Son âge (datée A. D 1265-1315) et quelques traits caractéristiques permettent de reconnaître sans ambiguïté dans l’œuvre présentée ici un membre de la famille sculpturale soninké, à commencer par la silhouette svelte et bien équilibrée, haut du corps projeté vers l’avant, mains reposant sur le haut des cuisses et jambes tendues dont les chevilles sont ornées de bracelets identiques à ceux des poignets. Dominé par un crâne proéminent plaqué d’un chignon, prolongé de la large barbe traditionnelle, rectangulaire et saillante, le visage allongé de forme ovale, au nez en pointe de flèche et aux lèvres boudeuses répond aux canons soninké mais dans une version adoucie, plus sensible, qui le distingue du modèle classique aux traits durement accusés. Rompant avec le hiératisme distinctif du style, l’artiste confirme avec talent sa volonté de donner plus d’humanité à sa création en suggérant une impression de mouvement grâce au subtil positionnement de la tête
légèrement déjetée par rapport au reste du corps.
Trois rangées de chéloïdes courant des oreilles aux tempes permettent à Bertrand de Grunne d’attribuer cette statuaire à la frange kagoro des Soninké.
« Selon Dominique Zahan, le nom kagoro signifie “bosses incisées”, allusion aux petites scarifications sphériques utilisées par les Kagaro. Ces derniers ont migré vers le plateau de Bandiagara en venant du nord-ouest, avant de s’installer dans la région de Kani-Goguna. »
La présence d’une poitrine féminine confère à la sculpture un statut très explicitement hermaphrodite, peut-être représentation de rois femmes, tels ceux de la région de Ségou évoqués par l’anthropologue Jean Bazin. Cette particularité, sa patine, sa taille la rapprochent, entre autres, de la statue ayant appartenu à la mythique collection Myron Kunin qui fait partie d’un corpus stylistique d’oeuvres attribuées à un Maitre d’Ireli, du nom d’un village situé sur la falaise en surplomb de la plaine du Séno où l’une d’entre elles fut trouvée en 1954 par Pierre Langlois. C’est à la même époque que notre statue fut collectée par le suisse Emil Storrer, grand connaisseur de la culture régionale et chasseur ayant sillonné la région à partir de Korhogo en pays sénoufo où l’accueillait son ami Simon Escarré, autre amateur de gibier et de sculpture.
Bertrand Goy

Estimation : 120 000 / 150 000 €

adjugé(e) : 190 000€

Effigie masculine de la société initiatique du Jo (Jomooni)

lot n° 2

Effigie masculine de la société initiatique du Jo (Jomooni)

Culture Bambara, région de Koulikoro, Mali
Bois dur à patine noire et suintante
Hauteur : 118 cm
 
Provenance :
Merton Simpson, New York, vers 1978
Collection Jacob Weintraub, New York, 1980
Ancienne collection du Comte Baudouin de Grunne
 
Publication :
Calmels Cohen, Paris, "Arts primitifs. Arts précolombiens", 8 June 2005. Lot 378. Experts : Alain de Monbrison et Pierre Amrouche
 
« La statue de la collection Weintraub pourrait être de la même main que la maternité de l’ancienne collection Schindler, aujourd’hui dans la collection Ziff ; l’ornementation des deux pièces, les fines scarifications et le traitement très concentré des traits du visage présentent en effet d’importantes similitudes, tout comme la forme si particulière des épaules effilées. »
 
Alain de Monbrison et Pierre Amrouche, Calmens Cohen, 2005. 

Estimation : 80 000 / 120 000 €

adjugé(e) : 150 000€

Boîte anthropomorphe royale

lot n° 3

Boîte anthropomorphe royale

Peuple Mangbetu, nord-est de la R.D. du Congo
Bois à décor pyrogravé, écorce cousue
Hauteur : 59 cm.
 
Provenance :
Acquise par le Dr. Védy vers 1895 et conservée par sa famille
Bernard Dulon et Philippe Guimiot (1995)
Collection privée
 
Publications :
Philippe Guimiot, Tribal arts, n°18, 1998, quatrième de couverture


La boîte du docteur Védy
 
L’engouement des populations Mangbetu pour les objets sculptés du quotidien, dont témoignent les premiers explorateurs de la région, est le résultat d’une initiative de promotion culturelle mise en place très tôt par les rois mangbetu. Ainsi, en 1913, lors d’une mission dans la région de l’Uélé mandatée par l'American Museum of Natural History de New York, le zoologiste allemand, Herbert Lang et l’ornithologue James Paul Chapin rencontrèrent le roi Okondo et obtinrent de lui de nombreux objet d’art et d’artisanat. L’objectif du roi était de « redonner au royaume le prestige qu’il avait perdu, au moins à travers la reconstitution de la cour et le développement des arts »[1]. Aussi, les cours mangbetu se montraient prodigues et nombre de couteaux, trompes en ivoire, harpes, cuillères, boîtes et tambours furent offerts à leurs visiteurs et leurs voisins, conférant aux arts plastiques un rôle d’ambassade. Les Mangbetus ne sculptèrent pas de masque et très peu de statues ancestrales.
 
Leurs célèbres boîtes, jadis considérées comme des conteneurs à miel, servaient en fait à conserver les objets précieux, bijoux, peignes, poudres médicinales et autres talismans. Les plus élaborées d’entre toutes, les plus rares également, étaient les boites anthropomorphes, probablement réalisées pour le roi et les notables importants.
 
Acquise à la fin du XIX° siècle, la boîte du docteur Védy est un important témoignage d’une forme archaïque du style mangbetu. Son visage est tourné vers le ciel, le menton dans le même plan horizontal que la coiffure. Les dents sont apparentes, un détail mémoriel en relation certaine avec la pratique cannibale ancrée jadis dans la région. Les jambes enfin dont le traitement particulier genou-mollet confère à l’ensemble de la sculpture une apparente stabilité au sol et un dynamisme vertical.
 
Malgré sa haute antiquité au sein de sa culture, la boîte du docteur Védy, véritable chef-d’œuvre du style Mangbetu archaïque, n’est pas un exemplaire isolé dans le corpus. Le Musée d’Histoire Naturelle de La Rochelle (inv. H 1842) et le Völkerkundemuseum d’Heidelberg (inv. 2 1246) possèdent tous deux un exemplaire stylistiquement si comparable qu’il est possible d’attribuer ces trois œuvres à la production d’un atelier spécialisé, voire à la main d’un même artiste.
 
Bernard Dulon

[1] Schildkrout Keim, 1990, African Reflections: Art from Northeastern Zaire

Estimation : 80 000 / 120 000 €

Effigie de l’ancêtre primordial Nàbo

lot n° 4

Effigie de l’ancêtre primordial Nàbo

Peuple Ngbaka, région de l’Ubangi, R.D. du Congo
Bois dur à patine foncée, bijoux de métal
Hauteur : 61 cm.

Provenance :
Collection Lucien Van de Velde, Anvers, 1970
Collection Hans Van Witteloostuijn, Delft
Marc et Alain de Monbrison, Paris, 1978
Philippe Guimiot, Bruxelles, 1994
Collection privée
 
Publications et expositions : 
Marc et Alain de Monbrison, African Arts, 1978, vol. XII, n°1
Philippe Guimiot, African Arts, 1994, vol. XXVII, n°4
Philippe Guimiot, Arts Primitifs IV, Bruxelles, 1994, n° 22
Jan-Ludwig Grootaers, Ubangi, 2007, Planche IV, n° 10, p. 195
Bassani et Pezzoli, Ex Africa, Museo Civico Archeologico, Bologne, 2019, n° II. 21, p. 179

 
NÀBO, les pieds bien sur terre…

Les peuples ubangiens de l’aire culturelle Ngbaka, n’ont jamais représenté leurs ancêtres claniques mais ont sculpté à l’obsession et en toutes dimensions, les effigies d’un couple primordial Sèto et sa sœur-épouse Nàbo à qui ils devaient leur existence même. Ces statuettes protégeaient leurs propriétaires et étaient invoquées pour la résolution de nombreux maux tels que maladie, stérilité, chasses et cultures infructueuses. Selon l’agent territorial Ronse, Nàbo était sollicitée seule pour les cas de maladies nerveuses féminines[1].
 
Il est bien malaisé de disserter des œuvres de l’aire culturelle de l’Ubangi (Nord-ouest de la R.D. du Congo, Sud du Soudan, Centrafrique), tant elles échappent aux canons de l’esthétique classique par une apparente liberté d’exécution et une créativité prodigue. Parfois, par de simples ébauches taillées à même l’arbre vivant, cet art a pu être considéré comme celui de la maladresse maîtrisée et cependant, nombres d’œuvres parmi les plus marquantes des peuples d’avant l’écriture sont issues de l’Ubangi.
Les différents styles autochtones sont parfois difficiles à différencier, dès lors que manquent, comme c’est hélas souvent le cas, les indispensables renseignements de terrain relatifs à la découverte d’une œuvre. Ainsi, notre effigie, historiquement considérée comme de la main d’un artiste Ngbaka a récemment pu être attribuée à l’atelier d’un sculpteur de leurs voisins Manza[2].
  
Bien campée sur de très larges pieds et de robustes jambes, Nàbo bénéficie en cette sculpture d’un traitement particulièrement vigoureux. Son torse, les bras collés au corps, supporte une tête massive au visage projeté vers l’avant qui porte à son front un bandeau vertical figurant les scarifications coutumières. La surface de l’œuvre, facettée et guillochée, témoigne d’une exécution particulièrement soignée pour une œuvre si puissante et archaïque qu’elle semble venir tout droit de la protohistoire de l’humanité. Elle lacère les canons trop étroits d’une esthétique classique et proclame la santé comme valeur supérieure au beau[3], bien avant les artistes de la modernité, de Cézanne et Van Gogh à de Kooning et Basquiat, sans oublier, bien sûr, Picasso. 
Il n’est pas étonnant de ce fait que, dès le début de la découverte des arts de l’Arique par le monde occidental, Picasso, Khanweiler, Georges de Miré, Charles Ratton, Paul Chadourne, et tant d’autres collectionneurs eurent à cœur d’acquérir une sculpture de l’Ubangi[4].  
 
Bernard Dulon


Rapport de condition :
L’œuvre comporte à sa surface de nombreuses traces corollaires de son utilisation rituelle et de son ancienneté.
Restauration de l’avant du pied droit

[1] Grootears, 2007, p. 124
[2] Grootears, 2007, p. 174
[3] Bruno Gay, Le petit chien de Corneille Agrippa, in Lumières Noires, Tanlay, 1997
[4] L’art des populations de la région n’a pourtant été cartographié que bien plus tard, à l’occasion de la publication de l’ouvrage encyclopédique de Jan-Ludwig Grootears en 2007, Ubangi, art et cultures au cœur de l’Afrique.

Estimation : 80 000 / 120 000 €

adjugé(e) : 70 000€

Masque pour les cérémonies de circoncision

lot n° 5

Masque pour les cérémonies de circoncision

Peuple Boyo-Bembe, RD du Congo (sud Kivu)
Bois à polychromie d’origine
Hauteur : 28 cm.
 
Provenance :
Aurait été acquis du chef Mawazo par Pierre Dartevelle en 1975
Philippe Guimiot, Bruxelles (1986) 
Collection du Comte Baudouin de Grunne
Collection privée

Publications : 
Philippe Guimiot, Arts d’Afrique Noire, n° 59, 1986
Jean-Baptiste Bacquart, The Tribal Arts of Africa, Thames Hudson, London, 1998, p. 154 
 
 
Les rares masques de l’aire culturelle Bembe du sud-Kivu ont été décrits comme intervenant lors des cérémonies de circoncision et des rites initiatiques de passage à l’âge adulte consécutifs[1]. 
La physionomie de ce masque est en accord avec les canons présidant aux grands styles classiques de la région notamment dans le traitement du visage en deux volumes s’articulant au niveau des yeux. La fine barbe crénelée qui orne ses joues symbolise la mentonnière qui tenait jadis la coiffe rituelle des initiés, un trait caractérisant la plupart des figures d’ancêtres bembé aussi bien masculines que féminines[2]. La bichromie blanche et rouge, dont on ne peut que souligner le bel état d’origine, divise le visage en quatre registres égaux dans une écriture graphique employée un temps en occident par le peintre suprématiste Kasimir Malevitch.
 
Bernard Dulon

[1] Pol Pierre Gossiaux in Masks in Congo, Marc Léo Félix, Hong Kong, 2016
[2] Viviane Baeke, Une effigie d’ancêtre, chef-d’œuvre de l’art funéraire bembé, Binoche et Giquello, mars 2018, n° 54

Estimation : 30 000 / 40 000 €

CULTURE KOTA, GROUPE OBAMBA, GABON

lot n° 6

CULTURE KOTA, GROUPE OBAMBA, GABON

Figure de reliquaire
Bois plaqué de cuivre et de laiton
Hauteur : 69 cm

Kota culture, Obamba group, Gabon
Reliquary figure
Wood with copper and brass plating
Height: 27 in

Provenance
Charles Ratton, Paris
Collection Charlotte et Carsten Grodtmann, Suisse
(Pièce acquise en juin 1957)

Estimation : 80 000 / 120 000 €

adjugé(e) : 85 000€